Quand l’état du Génie Civil français met en péril le plan France THD

Lorsque notre société Techcréa Solutions s’est lancée dans l’aventure excitante des métiers du télécom, nous étions loin de réaliser à quels défis et épreuves nous devrions faire face.

Certes, nous nous attendions à la difficulté de séduire de nouveaux clients, ou de les voir dans l’impossibilité de signer en raison des engagements interminables de certains contrats d’Orange ou de SFR. Ce que nous n’avions pas vraiment anticipé, en revanche, c’était l’état dans lequel se trouvait le Génie Civil télécom d’Orange. Nous étions, à cette époque, loin d’imaginer la situation actuelle.

Vous avez peut-être déjà croisé, lors de balades en ville, les armoires de mutualisation FTTH. Celles-ci permettent de distribuer l’accès internet pour tout un quartier (en moyenne 300 habitations). Avez-vous vu dans quel état se trouvent ces armoires depuis quelques années ?

Point de Mutualisation de Zone FTTH construit et géré par SFR en région Parisienne, en 2020

Combien d’entre-elles ne tiennent plus qu’avec du scotch, ne sont pas fermées et présentent parfois une véritable œuvre d’art de brassage réseau, mêlant spaghettis et nœuds coulants, une vraie recette de cuisine dont nous nous passerions bien ? Beaucoup trop.

Il apparaît désormais clairement que l’état déplorable de ces armoires ne constitue en réalité que la partie émergée de l’iceberg. En effet, les réseaux de génie civil sont généralement enterrés ; probablement afin de nous éviter les angoisses face à l’horreur qui réside sous nos pieds.

A tel point que grâce à notre expérience – qui pèse désormais plus de 7 ans dans ce métier – et notre volonté de vouloir assurer la main d’œuvre en interne, nous avons réuni à ce jour des statistiques aussi particulièrement intéressantes qu’inquiétantes.

En l’état actuel des choses, pour tirer une section de 10 km de câble, nous rencontrerons en moyenne entre 40 et 80 chambres, selon que le chantier se situe en zone rurale ou urbaine. Entre chacune, des sections de fourreaux en diamètre 42/45, 60, 80 voire parfois jusqu’à des conduites unitaires en fibrociment amianté 150mm.

Sur l’ensemble de ces ouvrages, nos tirages et expériences montrent que :

  • Au moins 2 chambres seront impossibles à ouvrir en méthode traditionnelle ;
  • Minimum 10 % du tracé choisi initialement sera inutilisable (fourreaux détruits ou fortement endommagés) ;
  • Au moins 10 % du tracé sera complètement saturé (impossibilité de pouvoir ajouter un câble) ;
  • Plus de 80 % du tracé ne dispose pas de ficelle d’aiguillage (le dernier opérateur à être passé n’en a pas remis).
Contenu d’une chambre télécom appartenant à Orange sur le secteur de Valenciennes en 2019

Il est tout à fait possible de demander à l’opérateur historique Orange, propriétaire de GC et obligé de louer à d’autres, de réparer celui-ci.

Dans les faits, le traitement d’une demande prend en moyenne dans les 10 à 24 mois suivant la notification de casse ou de saturation. L’obligation complémentaire de  réaliser une étude complète de la casse, avec photo, relevés, piquetage, et géo-référencement cartographique, contraint à dépenser de nombreuses ressources humaines en bureau d’études, afin de simplement pouvoir déposer la notification auprès du propriétaire de ce réseau.

Evidemment, tous ces frais, engagés aux dépens de l’opérateur qui déploie, ne sont pas pris en charge par l’opérateur propriétaire de l’infrastructure. Une étude peut représenter un coût de 500 à 2000 € HT selon la longueur et la nature de la casse, et de la durée de l’échange avec Orange.

Au-delà de ces préoccupations de l’état du Génie Civil, chez Techcréa Solutions, nous nous posons la question du devenir de l’infrastructure FTTH.

En effet, quand on voit, à peine 5 ans après le lancement en grande pompe du déploiement national, des RIP et zones AMII renégociées, on ne peut faire qu’un seul constat : Le réseau est dans un état CATASTROPHIQUE.

Nous ne comptons plus le nombre d’appels d’usagers de services produits par d’autres opérateurs qui sollicitent notre aide afin de solutionner des problèmes de connexion qui peuvent durer depuis des mois, des écrasements intempestifs de ligne ou des problématiques de débit aux heures de pointe alors que ces usagers sont raccordés à une infrastructure FTTH et disposent d’une offre commerciale Très Haut Débit.

Vandalisme sur un câble Fibre FTTO Techcréa Solutions hébergé en GC Orange en Août 2020

La réalité est que l’état du réseau génère mécaniquement ces problématiques de qualité de service ou d’interruption totale.

Il est important de se poser la question : Pourquoi le réseau est-il dans cet état alors qu’il n’a que 5 ans ?

Il existe plusieurs raisons identifiées à ce jour et, l’Etat ou l’ARCEP n’apportent aucune réponse concrète pour le moment (bien que l’ARCEP semble vouloir se réveiller un peu dernièrement à ce sujet) :

  • Le niveau de formation catastrophique des sous-traitants, et/ou le nombre d’étages de sous-traitance sont particulièrement néfastes pour une exploitation dans les règles au quotidien. La mutualisation génère l’intervention de plusieurs techniciens différents parfois en une seule journée, dans la même armoire.
    Avec des ordres et des routes optiques incohérentes, ou qu’ils ne comprennent pas, les écrasements de ligne sont particulièrement fréquents ;
  • Le niveau de rentabilité qu’exigent les opérateurs sur les sous-traitants est incompatible avec un travail de qualité et réalisé dans l’état de l’art.
    Un sous-traitant se fait payer entre 30 et 80 € pour un raccordement ou une mise en service. Avec un temps d’intervention en moyenne de 2h par client, et en étant seul à intervenir, le niveau de marge du sous-traitant l’oblige à réaliser un nombre important d’interventions chaque jour, au risque de bâcler la plupart d’entre-elles ;
  • L’Etat du Génie Civil existant est dans un état tellement catastrophique et négligé par l’ensemble du corps de métier que le tirage de câble autour d’autres réseaux existants devient particulièrement périlleux. Il est d’ailleurs très courant de voir de nombreux sous-traitants utiliser les boîtes d’épissure fixées au mur pour descendre dans les chambres, en prenant appui sur elles, au lieu d’utiliser une simple échelle, dont ils ne disposent d’ailleurs généralement pas.

    Avec l’AOTA, nous avions pourtant tenté de faire évoluer le marché en demandant la séparation structurelle d’Orange.

En conséquence de cette situation, Techcréa Solutions a pris depuis longtemps la décision de mettre en œuvre un système de supervision particulièrement efficace et réactif, ce qui nous permet de nous tenir informés en temps réel de toute coupure d’accès internet pour l’ensemble de nos clients.

Une fois la coupure signalée, le système transmet instantanément les informations aux équipes sur le terrain, qui se rendent sur le secteur afin de réaliser un premier diagnostic de la panne. Cette rapidité d’intervention nous permet de pouvoir généralement constater qu’un sous-traitant intervient dans le génie civil et a dégradé notre réseau.

Lorsque nous prenons celui-ci sur le fait, et sous couvert d’un constat d’huissier, nous assurons ainsi la prise en charge de nos réparations par ces derniers, et mettons en œuvre immédiatement les opérations de remise en service.  

image perf
Centre de supervision NOC de Techcréa Solutions basé à Marly (59)

Cette supervision performante nous permet également d’assurer au mieux nos garanties de délais de rétablissement, de 4h ou 8h, en toutes circonstances. En effet, en 2019, sur plus de 17 casses complètes de câble imputables à un tiers, nous avons pu retrouver les responsables de 14 d’entre elles , et nous avons pu respecter notre GTR dans 92 % des cas.

Nous pensons que l’aspect déterminant de la réussite est avant tout l’esprit de proximité. C’est parce que Techcréa Solutions est un opérateur local, proche de ses clients comme de son réseau, que nous sommes à même de pouvoir assurer une maintenance et une surveillance performantes et efficaces en cas de panne. C’est ce qui nous permet, en tant qu’opérateur local et malgré des moyens limités, de respecter notre GTR (Garantie de Temps de Rétablissement) dans la presque intégralité des cas. Cela nous serait strictement impossible avec l’organisation d’un opérateur national, soit une agence unique par région administrative et une armada de sous-traitants désabusés par leur rémunération et la charge de travail qui leur est imposée.

Envie d’en savoir plus sur notre système de supervision ? Visitez régulièrement ce blog, nous y dédierons prochainement un article 🙂

– Jérémy MARTIN, PDG de TECHCRÉA SOLUTIONS et membre du CA de l’AOTA

3 réponses
  1. Rémy
    Rémy dit :

    Bonjour, je viens de lire votre article et je suis tout à fait d’accord avec vous. Les causes de ce délabrement sont dues effectivement à la non qualification des techniciens FAI et du sous traitant du sous traitant du sous traitant etc qui implique un temps de mise en œuvre des travaux bien plus long ainsi qu’une méthode de travail certaines fois complètement farfelues dû à une formation succincte et d’un manque de suivi des techniciens sur le terrain par les managers ainsi que par l’absence d’un service qualité digne de ce nom ce qui induit un non respect des normes et des modes opératoires.De plus pour le GC et autres infrastructures les informations sont rarement remontées au service concerné afin de mettre à jour les différents differents documents. Si l’on rajoute la nonchalance et l’absence de conscience professionnelle on arrive à cette situation. Cordialement Rémy

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